Visite officielle du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, au Canada et 17ème rencontre alternée des premiers ministres français et québécois 13 au 16 mars 2013

Discours de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, à l’occasion de la rencontre avec la communauté française de Montréal

Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur l’Ambassadeur,
Monsieur le Consul général,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers compatriotes,

La visite que j’effectue en ce moment au Canada et au Québec est par nature un peu exceptionnelle pour un Premier ministre français.
Parce que c’est le Canada, un grand partenaire de la France, notamment dans un contexte marqué par notre intervention militaire au Mali, pour laquelle nous avons pu compter sur un soutien fort de notre allié canadien.

Et, je tiens à rendre hommage devant vous à nos forces qui se battent actuellement au Mali, pour aider ce pays ami à recouvrer sa pleine souveraineté et préserver l’Afrique de l’ouest et l’Europe tout entière de la menace terroriste.

Ma visite est aussi exceptionnelle parce que nous sommes au Québec, avec lequel nous avons tissé des liens spécifiques très forts - ce n’est pas vous que je dois en convaincre - qui se caractérisent par le dépassement des simples intérêts bien compris de la diplomatie ou du commerce. Ce qui nous unit, c’est la culture, la langue, une complicité naturelle, l’intimité découlant d’une histoire commune.

Dans le programme, très dense, de cette visite, notre rencontre a également un caractère particulier. A chacun de mes déplacements, je souhaite avoir cette occasion de rencontrer nos compatriotes, pour échanger et écouter leurs préoccupations. Il y a tant à apprendre de ces parcours individuels, qui sont souvent d’une grande richesse.

Mais je tiens aussi à rencontrer nos compatriotes pour leur parler de la France, car je sais que la distance n’enlève rien à leur intérêt pour notre pays.

La communauté que vous formez, celle des Français de Montréal, j’en mesure toute la spécificité. Vous êtes environ 100.000, ce qui fait de vous l’une des communautés françaises les plus importantes à l’étranger. Et vous vivez dans une ville qui a été elle-même fondée par un Français au 17ème siècle, qui reste majoritairement francophone et qui est d’ailleurs la deuxième ville francophone au monde.

Comme tous nos compatriotes à l’étranger, je sais votre attachement à l’enseignement français. C’est en effet un atout que nous devons protéger et développer, parce qu’il facilite les projets d’expatriation et contribue au rayonnement de la France. C’est dans cet esprit que nous avons aménagé le dispositif des bourses.

Dans un pays aussi vaste que le Canada, je suis également conscient de l’importance de l’accès au réseau consulaire. Nous devons à cet égard imaginer les solutions novatrices qui nous permettront d’allier la souplesse nécessaire, l’adaptation aux spécificités de chaque pays et la qualité du service qui leur est rendu. Le ministère des affaires étrangères y travaille. Et l’ambassadeur de France à Ottawa, Philippe Zeller, ainsi que notre consul général à Montréal, Bruno Clerc, y contribuent naturellement.

Mes chers compatriotes,

Par la richesse et la diversité de votre communauté, vous contribuez au rayonnement de notre pays et au dynamisme de la vie locale :
- je pense aux 8.000 étudiants français inscrits dans les neuf universités de la ville, qui témoignent de l’ouverture de notre jeunesse au monde ;
- je pense aux très nombreuses associations que vous animez ou auxquelles vous participez et j’y vois un bon exemple de l’engagement qui est le vôtre, des valeurs de solidarité et d’ouverture aux autres ;
- je n’oublie pas le dynamisme des « gens d’affaires », pour reprendre une expression québécoise, qui sont présents dans 260 filiales françaises implantées à Montréal et qui emploient plus de 20.000 personnes : cela renforce ma conviction que nous avons des atouts puissants à faire valoir ; nous savons nous montrer conquérants et nous adapter à une économie de plus en plus mondialisée.

Mes chers compatriotes,

L’objectif de mon gouvernement, c’est justement de consolider ce qui fait la force de notre pays, en favorisant l’émergence de ce que j’ai appelé « un nouveau modèle français ». Nous sommes en effet attachés à notre modèle social et républicain. Mais, dans un monde de compétition où les cartes de la puissance sont rebattues, il nous faut adapter ce modèle afin d’en préserver l’essentiel, en conciliant davantage efficacité économique et solidarité. C’est ainsi que nous ferons reculer le chômage. C’est ma principale priorité.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement a entrepris de redonner des marges de manoeuvre à nos entreprises, afin qu’elles repartent à la conquête de nouveaux marchés. Et c’est pourquoi nous avons ouvert des chantiers de grande ampleur qui engagent notre avenir : la modernisation du marché du travail, la refondation de l’école et la réforme de notre système d’enseignement supérieur, l’amélioration des conditions de financement de notre économie, le développement de l’économie numérique, l’amélioration des infrastructures de transport dans le poumon économique de notre pays qu’est l’Ile-de-France.

Pour réussir le redressement de la France, il nous faut mobiliser toutes les forces vives et mettre la société en mouvement. C’est pourquoi le gouvernement a fait le choix du dialogue social. Et cette méthode a déjà porté ses fruits, avec la signature le 11 janvier dernier d’un accord très important entre partenaires sociaux sur la sécurisation de l’emploi, qui sera bientôt inscrit dans la loi.

La France a aussi engagé un effort important de redressement de ses comptes publics, dont le rythme doit naturellement tenir compte de la situation économique, car il n’y aura pas de réduction de la dette sans le retour de la croissance.

Aussi le Président de la République et le gouvernement sont-ils pleinement engagés dans la réorientation de l’Europe vers la croissance. Dès le mois de juin 2012, un pacte européen pour la croissance et l’emploi a été adopté. Avec nos partenaires, nous avons pris les décisions qui s’imposaient pour rétablir la confiance dans l’euro, nous montrer solidaires des pays en difficulté et mettre en place une union bancaire.

Tous ces efforts sont nécessaires. Nécessaires pour permettre à la France et à l’Europe de retrouver le chemin de la croissance. Nécessaires pour que la crise de l’euro ne devienne pas une crise de l’Europe, en alimentant le scepticisme de nos concitoyens à l’égard du projet européen lui-même, au moment où celui-ci a reçu le Prix Nobel de la paix.

Mes chers compatriotes,

Montréal est dans le coeur des Français plus qu’une grande cité dynamique. Elle représente la plus belle part de ce rêve d’une Amérique qui parle français et qui regarde l’Europe non pas comme un vieux continent, mais comme un parent proche. Pour beaucoup, le Canada, le Québec, Montréal, c’est l’espoir d’une vie nouvelle dans un monde familier. Pour vous tous, c’est tout simplement votre quotidien et je suis heureux d’en avoir partagé un instant aujourd’hui avec vous.

Vive l’amitié franco-québécoise !
Vive la République !
Vive la France !

Dernière modification : 13/05/2013

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