Olivier Adam présente son dernier roman, "Les Lisières"

Dans la perspective du prochain Salon du livre de Montréal qui se tient du 14 au 19 novembre, nous publions une série d’entretiens avec les auteurs français qui doivent y participer. En collaboration avec la maison d’édition Flammarion, nous donnons aujourd’hui la parole à Olivier Adam.

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Photo : David Ignaszewski/Koboy © Flammarion

Vous allez présenter votre dernier ouvrage, « Les lisières » au Salon du Livre de Montréal. Il connaît un grand succès en France. Pensez-vous atteindre le public québécois de la même façon ?

Si le contexte social et politique de ce livre peut sembler au premier abord franco-français, il me semble malgré tout qu’il soulève des questionnements beaucoup plus universels, ou du moins collectifs : comment on vit, ici et maintenant, dans nos sociétés ultralibérales et fragilisées par la crise sociale, les inégalités, la ségrégation géographique. Comment on fait avec l’amour, la filiation, la paternité, nos origines sociales, les frictions entre classes, comment on s’invente au milieu de tout cela, entre attaches et émancipation.

Au fond la question que pose ce livre est celle de la place qu’on occupe. Dans le champ social. Dans sa famille. Dans son couple. Dans l’espace géographique et urbain. Le sentiment d’être en lisière, qu’il soit un sentiment collectif, social, du à l’appartenance à une masse majoritaire, le "peuple" pour faire vite, qui se sent à la fois noyé dans sa propre masse et délaissé, central mais oublié, privé de perspective et de considération, négligé au profit d’une poignée de gens qui captent l’essentiel des richesses mais aussi du discours, du pouvoir, ou qu’il s’agisse d’un sentiment plus intime, psychologique, ou encore qu’il s’agisse d’une "disposition" à la croisée de ces deux forces conjuguées (la mélancolie des transfuges, qui ne sont plus de nulle part, ni de leur milieu d’origine, ni de celui vers lequel les a poussé leur trajectoire), me semble extrêmement partagé.

Au final, tout cela traduit un sentiment proche du désarroi. Sentiment qui me semble dominant aujourd’hui, en France comme dans toutes les sociétés modernes, qui naviguent à vue, sans projet collectif, oublieuses de l’humain, des gens, déshumanisées en quelque sorte.

Cette histoire, en partie autobiographique, se déroule en France mais, à quelques nuances près, elle pourrait se situer au Québec ou ailleurs dans nos sociétés occidentales. Avez-vous le sentiment de dire tout haut ce que vos lecteurs pensent tout bas ?

En tout cas c’est ce que les gens viennent me dire après avoir lu le livre. Du moins les gens qui l’ont aimé. Merci d’avoir parlé de nous. Merci d’avoir parlé de notre société telle qu’elle est. De ces espaces qui sont le nouveau visage de la France mais qui, dans le même temps, sont négligés, non représentés (que ce soit par la politique ou la littérature, par les artistes ou par les journalistes) : les zones périphériques, périurbaines qui ne cessent de s’étendre, où la vie bat comme ailleurs mais qu’on méprise.

On vient aussi beaucoup me parler de cette question du changement de classe, d’univers. De cette question de "la place". Les générations qui nous ont précédé se sont sacrifiées pour qu’on ait accès aux études, à la culture, en espérant qu’on mène une vie meilleure.

Mais, d’une part, cette supposées "élévation" a parfois créé une distance impossible à combler en terme de manière de vivre, de penser, d’être, de se mouvoir dans l’espace social. Une distance aussi fondée par un sentiment soudain d’infériorité intellectuelle, de manque de culture ou de références. Ce qui au passage montre combien le "social", le "sociologique" fonde non seulement notre psyché mais nos rapports les plus intimes, et s’invite jusqu’aux tables des repas de famille.

Et, d’autre part, cette idée d’une élévation sociale s’est révélée un leurre. Soit les mécanismes de reproduction sociale sont restés trop puissants et les inégalités entre classes sociales ne font que se répéter ad vitam. Soit la crise étant passée par là on assiste à un phénomène nouveau : même mieux armées en terme d’éducation et de diplômes, les générations d’aujourd’hui vivent moins bien que les précédentes.

Aux classes moyennes et populaires salariées, dont l’identité était fondée sur le travail, même pénible, ont succédé les classes précaires, pour qui trouver et garder un travail à temps complet, et gagner suffisamment d’argent pour nourrir et loger décemment sa famille est devenu une sorte de graal.

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Ressent-on un sentiment de soulagement lorsqu’on écrit une telle histoire ou bien, au contraire, l’angoisse d’avoir trouvé les mots pour tout dire ?

J’ai écrit ce livre dans un état de totale inconscience, d’urgence et d’inconséquence mêlées. Dans son versant le plus intime, il s’agit d’un état des lieux. Celui d’un homme qui a quarante ans essaie de faire un point sur son parcours. Sa lutte contre la maladie qui le ronge. Les relations distendues qu’il entretient avec sa famille. Son couple en lambeaux. Ses enfants qui lui manquent. Son sentiment congénital de vivre en lisière de sa propre vie se trouve, au début du récit amplifié par le fait qu’il vient d’être mis à la porte de sa propre vie, et que le monde semble s’ingénier à lui envoyer des signes amplifiant ce sentiment. Du tsunami à la montée du vote nationaliste en France tout semble annoncer la catastrophe et la négation de tout ce en quoi il a toujours cru.

Au final, même si j’ai beaucoup tremblé en pensant à ceux qui liraient le texte, mes proches notamment, mais aussi les lecteurs en général, face à qui je me retrouve singulièrement mis à nu, il me semble que préciser son propre parcours, mieux le définir, mieux le comprendre, y trouver une logique, ne peut qu’apaiser. C’est le principe même d’une analyse. Elle nous donner les moyens de mieux maîtriser ce qui nous gouverne. Et de peut-être agir dessus. Ce qu’on ne nomme pas n’existe pas. Et tout ce qui est mal nommé ajoute de la confusion. C’est la fonction même de la littérature. Une fonction rectificative. Face aux faux semblants, aux clichés, aux approximations, aux raccourcis. Ce livre est plein de doutes et de contradictions. Je crois que nous sommes faits de ça.

Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s’est installé à St-Malo. Il a publié Je vais bien, ne t’en fais pas (Le Dilettante, 2000) et, aux éditions de L’Olivier, Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, À l’abri de rien (prix France Télévisions 2007 et Jean-Amila-Meckert 2008), Des Vents contraires (Pris RTL/Lire 2009) et plus récemment Le Cœur régulier.

Pendant son séjour au Québec, Olivier Adam vous donne plusieurs rendez-vous :

  • 18h15 : Salon du livre de Montréal, « Confidences d’écrivain », entretien avec Gilles Archambault
  • 19 h à 20 h : Salon du livre de Montréal, dédicace sur le stand de Flammarion

Vendredi 16 novembre :

  • 17h30 : Salon du livre de Montréal, stand de Flammarion, entrevue avec Luc Bouchard
  • 18h : Salon du livre de Montréal, dédicace sur le stand de Flammarion

Samedi 17 novembre :

13h : Salon du livre de Montréal, dédicace sur le stand de Flammarion

Dimanche 18 novembre :

11h : Salon du livre de Montréal, dédicace sur le stand de Flammarion

Dernière modification : 31/10/2012

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