Nous avons aimé... à la BNL MTL 2014

En collaboration avec le Musée d’art contemporain de Montréal, la Biennale de Montréal expose les travaux de Dominique Gonzalez-Foerster, Taysir Batniji et Thomas Hirschhorn, du 22 octobre 2014 au 4 janvier 2015.

"Return to noreturn 2" de Dominique Gonzalez-Foerster

JPEGPour Dominique Gonzalez-Foerster, l’avenir est déjà parmi nous, tel qu’elle l’invente dans le réel de ses films et de ses environnements où elle revoit ses œuvres par l’objectif d’événements se conjuguant au futur antérieur.

Return to Noreturn 2 (2014) s’inscrit dans la suite de TH.2058, son installation au Tate Modern (2008-2009), qui imaginait le Turbine Hall dans cinquante ans. Juste avant la fin de l’exposition, Gonzalez-Foerster a réalisé le film Noreturn, dans lequel des enfants survoltés, sans supervision, envahissent l’installation où ils finissent par s’endormir, épuisés, sur des lits.

Return to Noreturn a été reconfigurée en 2012 pour l’espace très différent de la Galerie Esther Schipper à Berlin, tout en réutilisant les rideaux en plastique vert et rouge, les lits superposés en métal, la peinture et le texte en référence aux sculptures, à l’audio, à la vidéo et au texte de l’œuvre antérieure.

Pour BNLMTL 2104, Return to Noreturn 2 est à nouveau revue, citant l’itération berlinoise dans un nouveau contexte. Une à la fois, les traces s’accumulent en palimpseste dans le terrier du lapin.

Les enfants et leurs jeux figurent souvent dans les films, performances et environnements de l’artiste, et le climat y est le présage d’autres mutations, sous-entendues dans un récit à saveur de science-fiction. Nous avons peut-être bien franchi un point de non-retour mais, pour Gonzalez-Foerster, on peut toujours tout réinventer.

"Interface" de Taysir Batnij

JPEGCette sélection de onze photographies fait partie d’une plus grande série créée au Bahreïn où elle fut exposée pour la première fois en 2014. Interfacesaisit des seuils de toutes sortes : la rencontre du sable et de l’eau, du désert et de la ville, et des signes, partout, de transition, de perturbation et de désordre. Amas de terre ou dunes de sable isolés nous bloquent l’entrée à ces lieux où l’horizon est suggéré mais rarement révélé. Les bâtiments sont également en transition, en train de s’effondrer ou d’être restaurés, leur histoire non divulguée. La présence humaine n’est jamais montrée, mais est partout suggérée, dans les camions délaissés, les fauteuils abandonnés et les traces de pneus au ton de rouge. Cette terre est un entre-deux.

Taysir Batniji travaille dans plusieurs médiums, dont la photographie et la vidéo, les installations sculpturales et les performances. Le texte occupe souvent une place centrale dans sa pratique, comme dans le récent Imperfect Lovers (2013), où se côtoient deux mots arabes en néon, « Révolution » et « Richesse ». Composés des mêmes lettres, les mots semblent identiques au départ, mais un changement d’accent pour une lettre les divise complètement, dévoilant une discorde naturelle. Pour Batniji, le déplacement, la disparition et les illusions de toutes natures sont des enjeux dont l’intérêt ne tarit pas.

"Touching Reality" de Thomas Hirschhorn

JPEGDans une salle obscure de grandeur moyenne, des images fixes sont silencieusement projetées, choisies, défilées et agrandies par une main féminine opérant sur une tablette électronique. Les images présentent des corps humains terriblement mutilés, des victimes de guerre ou d’innombrables autres conflits. Bien qu’elles soient peu souvent vues dans les médias conventionnels, les images de ce type prolifèrent sur internet.

Dans un diagramme qui décrit l’œuvre, Hirschhorn demande, peut-être avec une pointe d’ironie, « Pourquoi est-il important de regarder de telles images ? ». La génération précédente croyait en la capacité des images d’éveiller la conscience. On pensait que les images rendaient les choses plus réelles. À l’opposé, aujourd’hui, nous en sommes peut-être arrivés au point où il est si facile d’accéder à un nombre considérable d’images similaires que leur impact s’est amoindri, ne devenant que des ordures de plus sur le tas des objets de consommation de masse et du sensationnalisme.

Ce n’est plus suffisant de s’en remettre à la simple existence de ces images. En outre, « juste les montrer » n’est peut-être plus suffisant. Pour commencer à comprendre les horreurs qu’elles illustrent, c’est-à-dire pour réactiver leur valeur indicielle, il faut en faire davantage. Hirschhorn en appelle donc au sens du toucher, même s’il est doublement distancié (par la représentation et le biais d’un dispositif) – ce qui n’est pas sans rappeler Thomas l’incrédule et son besoin de toucher les plaies de Jésus pour croire en sa résurrection.

Dernière modification : 30/03/2016

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