Le Colibri participe à la reconstruction de Lac-Mégantic

Les partenaires du projet Colibri entament, près de deux ans après la catastrophe de Lac Mégantic, le projet de reconstruction du bâtiment de la capitainerie, qui doit symboliser le renouveau du centre-ville. Nous donnons la parole à Thierry Roche, Vice-président du PIC et architecte-urbaniste.

JPEGQu’est-ce qui se cache derrière le projet « Colibri » ?

Depuis près de dix ans, la région méganticoise et la région Rhône-Alpes (notamment CCI Nord-Isère et PIC) entretiennent un lien fort, basé sur la solidarité et la collaboration sur des projets de développement.

Le PIC regroupe les entreprises du bâtiment et leurs partenaires (organismes de formation et de recherche, institutions, organisations professionnelles) qui travaillent sur des constructions futures, accessibles à tous et respectant les principes du développement durable.

Suite à la catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013, le PIC lance, en partenariat avec la mairesse du Lac-Mégantic, un projet de reconstruction du bâtiment de la capitainerie à la marina du centre-ville.

D’ailleurs, pourquoi utiliser l’image du colibri pour cette entreprise ?

Ce projet est nommé Colibri, selon la légende amérindienne qui évoque un colibri apportant quelques gouttes d’eau dans le but d’éteindre un incendie, cela afin de contribuer, même modestement, à l’extinction des flammes. Le Colibri représente donc le symbole de la reconstruction du centre-ville, qui débutera mi 2016.

Ce bâtiment, construit sous la forme de la proue d’un bateau, sera un lieu d’échanges, de rencontre et permettra de fédérer les acteurs rhônalpins de la filière construction durable. En plus de cette fonction, il sera entièrement bâti sous le respect des principes du développement durable, usant de technologies propres et valorisant l’économie d’énergie. L’objectif de ce bâtiment à énergie positive (qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme) est d’être certifié LEED, BREAM et HQE soit les certifications environnementales les plus exigeantes aujourd’hui.

Vous évoquez la symbolique, qui aura été une dimension importante de la tragédie de Lac-Mégantic. Est-ce que, dans votre esprit, ce projet doit aussi servir à illustrer la relation France-Québec ?

Le Colibri sera géré par une organisation à but non lucratif en cours de formation. Cela avec l’objectif de ne pas créer un strict bâtiment municipal, mais bien un lieu communautaire, qui deviendra ensuite une plateforme de collaboration avec les partenaires français du projet.

L'équipe du Colibri et de la municipalité de Lac-Mégantic - JPEG

Au-delà du projet initial de construction, le Colibri va permettre de : développer une vitrine des savoir-faire techniques de la construction rhônalpine ; faire émerger des alliances inter-entreprises entre France et Canada, dans l’optique de d’accroître le niveau d’expertise des deux parties ; de créer des liens durables entre les acteurs rhônalpins et québécois de la formation et de la recherche ;de favoriser et développer des partenariats culturels à long terme.

Son programme proposera au rez de chaussée un lieu de restauration lié à la capitainerie et à l’étage un espace connecté au monde avec une salle immersive et un lieu de co-working.

Et nous rêvons que dans la salle immersive, les grands chefs étoilés du monde puissent donner des cours (MOOC) en directe aux membres de la communauté pour une mise en application dans le restaurant.

Quel sont vos partenaires et l’état d’avancement du projet ?

Nous avons mobilisé nos adhérents du PIC, petites et grosses entreprises ( Lafarge, Ferrari, Néolife, Newpac, Airstar..) mais aussi des bureaux d’études (Iliade, Siaf, Echo-énergie, Atelier Roche, Epiceum...) , les partenaires consulaires et associatifs : CCi nord Isère, AEPI, Clusters( éco-energie, lumière),Tenerdis, Chambre des métiers et enfin les universitaires : ENTPE et Grands Ateliers.

Concernant la partie québécoise, et puisqu’il est question de partenariat, des liens se tissent avec Schneider Electric Montreal , Macogep, groupe Gid...

Il était important d’inclure les forces vives de la ville de Mégantic (bureaux d’étude, promoteurs ou entreprises) avec lesquels nous sommes en discussion.

Maquette du projet de nouvelle capitainerie - JPEG

Un partenariat étroit se tisse avec l’Université de Sherbrooke nous permettant ainsi de créer une dynamique d’échange sur le long terme, préparant ainsi l’avenir.
Mais ce projet n’est pas qu’un démonstrateur des savoir-faire sur les technologies environnementales, c’est avant tout un lieu de vie, d’échange, de fête, d’apprentissage destiné à la communauté. Nous avons ainsi mobilisé Cité création qui réalise des murs peints (cf quartier ancien de Québec) et les Toques Blanches du monde qui réuni les chefs étoilés... Et nous rêvons que dans la salle immersive les grands chefs étoilés du monde puissent donner des cours (MOOK) en directe aux membres de la communauté pour une mise en application dans le restaurant.

On nous demande souvent pourquoi dépenser tant d’énergie à Lac-Mégantic, si loin de notre pays ? Au-delà des relations de proximités et de l’impact émotionnel, il y a un grand désir de collaborer à la recherche de solutions pour "ré-enchanter nos villes". Et cela touche tout les domaines : politique, social économique environnemental, culturel...La tragédie vécue ici peut être vécue n’ importe où dans le monde. Il est donc important d’anticiper et de trouver des solutions.

Et les prochaines étapes ?

Nous sommes dans le montage juridique et financier de l’opération qui n’est pas une mince affaire. Les levés de fonds doivent avoir lieu prochainement .D’un point de vue juridique, nous touchons du doigt l’approche de la différence dans le processus d’échange de compétences de nos deux pays : sa richesse mais aussi ses freins.

Nous avons été très touchés par le souci d’accompagnement de partenaires financiers locaux (caisse solidaire Desjardins, le Fond municipal vert...). Il nous reste à finaliser les partenariats locaux en matière d’ingénierie et d’entreprises.

Nous espérons une mise en chantier du projet au printemps 2016.
Ce bâtiment sera un lieu où l’on pourra vivre au rythme de la ville, dans un partenariat qui n’aura jamais fini de se réinventer.

Dans un monde qui bouge et où les enjeux sociaux et environnementaux amènent l’humanité à devoir s’adapter, nous devons rechercher des voies qui permettent de mettre en commun nos savoir, nos espérances dans une vision positive...pêcher en eaux profondes.

Dernière modification : 04/08/2015

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