Christian Faure, un Meilleur Ouvrier de France à Montréal

JPEGRemise de l’Insigne du Mérité agricole à Christian Faure (centre) en présence de François Delattre, Ambassadeur de France à Washington (gauche) et André Cointreau, Président du Groupe Le Cordon Bleu International (droite)

Après un séjour de plusieurs années à Ottawa, vous vous installez dans le Vieux Montréal où vous allez débuter une nouvelle aventure culinaire. Pouvez-vous évoquer, pour nos lecteurs, les grandes étapes de votre très riche carrière ?

Je vais en résumé vous donner les étapes marquantes de ma carrière…

Tout d’abord un apprentissage classique chez un patron pâtissier, confiseur, chocolatier à Villefranche-sur-Saône où j’ai pu apprendre toutes les bases fondamentales du métier.

J’ai complété mes connaissances dans un centre de formation d’apprentis à Dardilly sous l’œil bienveillant de trois Meilleurs Ouvriers de France.

A la fin de mon apprentissage en 1979, c’est le départ pour la capitale et voilà une grande aventure qui commence dans l’une des plus grandes institutions pâtissières de l’époque, la Maison Dalloyau !

Puis s’en suivent des rencontres passionnantes avec de grands professionnels et des participations à de nombreux concours professionnels. Une dizaine d’années se passent dans la capitale où le rêve de devenir un bon professionnel se profile au vu des bons résultats à ces compétitions professionnelles. A mon sens ces concours n’étaient pas faits dans un esprit de compétition mais plutôt aux fins de l’exploration de nouvelles technicités ainsi que le souci de me surpasser, car ce qui m’importait, m’animais, était et reste la volonté de me surpasser tous les jours.

Plus tard, un concours de circonstance m’appelle à travailler dans le sud de la France à St Jean-Cap-Ferrât, un petit coin de paradis, dans de très beaux palaces dont un où le soutien du propriétaire, Mr de Bruyn, m’incite à passer mon diplôme de Meilleur Ouvrier de France. La consécration professionnelle est au rendez-vous, celle de rentrer à l’Hôtel de Paris comme Chef Pâtissier à la demande du Palais Princier de Monaco ! J’y resterai 4 années avant de partir au Liban pour ouvrir un palace, l’Hôtel Royal.

Quelques années plus tard, le conflit armé nous contraint à l’évacuation et nous rentrons en Beaujolais avec ma conjointe libanaise et notre petit garçon.

Pendant ce bref séjour en France, plusieurs propositions me sont faites et je retiens celle de partir enseigner mon métier au Canada, à Ottawa, ce qui aussi m’amènera à voyager dans le monde entier.

Aussi exaltants qu’ils puissent être, ces voyages m’emmenaient trop souvent loin de ma famille et c’est alors que j’ai décidé de fonder la Maison Christian Faure, un concept inusité au Canada dédié entièrement à la pâtisserie dans un bâtiment chargé d’histoire dans le Vieux Montréal : une pâtisserie-confiserie dotée de son école professionnelle tel un véritable navire école. Avec une ouverture prochaine a l’été c’est une nouvelle aventure sur laquelle je m’apprête à embarquer.

Le statut de Meilleur Ouvrier de France est certainement la marque d’une grande passion pour votre métier et le gage d’un parcours professionnel d’excellence. Comment devient-on MOF ? Comment le reste-on aussi ?

L’objectif des Meilleurs Ouvriers de France est de viser l’excellence dans un domaine. La maîtrise technique, la créativité, l’innovation et l’efficacité sont chacune prise en compte pour distinguer les professionnels les plus compétents.

Ce concours est à la fois une vitrine pour diverses professions et une récompense sans égal pour les lauréats. La participation à ce concours est une véritable aventure qui peut ouvrir des portes nombreuses mais aussi permettre la rencontre et l’échange avec d’autres passionnés.

On devient Meilleur Ouvrier de France en s’inscrivant au concours d’Etat au même titre que quelques autres concours de ce type. Au terme d’une présélection, une sélection régionale et une finale nationale déterminent les lauréats.

Cette compétition demande des mois, voire des années de préparation. Les gestes techniques, l’innovation, le respect des traditions sont travaillés longuement pour atteindre le niveau d’excellence, d’efficacité, de vitesse exigée pour réussir le sujet et être couronné par le jury qui attribue des notes tout au long de l’épreuve.

Le tout se passe sur un période de 3 ans et le taux d’échec est d’environ 94%. Ceci démontre à quel point il est nécessaire d’être prêt tant par rapport au métier que dans son corps et sa tête car c’est avant tout un concours contre ses propres faiblesses. Pour être reçu il convient de regarder attentivement ce que les candidats précédents ont fait lors des dernières épreuves et de faire aussi bien voir mieux.

Je vous dirais que le plus dur vient après le concours car ce n’est pas une finalité mais le commencement d’une vie ou nous devons chaque jour donner le meilleur de nous-mêmes au regard des principes de la charte de Meilleurs Ouvriers de France. C’est pour cette raison que nous portons chaque jour la cravate des MOF pour nous en rappeler.

Cette association, reconnue d’utilité publique, honore aujourd’hui les meilleurs professionnels dans plus de 200 corps de métier. Si certains sont traditionnels ou concernent l’artisanat d’art, l’association a su s’ouvrir aux activités industrielles et aux techniques des matériaux de synthèse. Encourager l’innovation est d’ailleurs une des missions de la société. Mais, finalement, comment parvenez-vous à innover dans votre domaine ?

Le titre de Meilleur Ouvrier de France est une récompense prestigieuse qui couronne la maîtrise hors pair d’un savoir-faire. Les MOF sont des experts dans 225 métiers différents qui représentent un très large champ de compétences et d’expertises.

L’innovation est au cœur de ces expertises, aussi bien dans des métiers de haute technologie comme l’aérospatiale mais également dans des métiers comme le mien, celui de Pâtissiers Glaciers ou les produits et goûts évoluent, les outils changent et s’améliorent et où il faut rester à l’affût de ces évolutions.

Ces évolutions peuvent même être d’ordre sociétal. Lors du dernier SIRHA (Sirha World Cuisine Summit) et sous la présidence d’honneur de Paul Bocuse, MOF, les objectifs étaient notamment d’identifier et fédérer les grandes tendances globales mondiales d’une meilleure restauration.

Enfin l’innovation passe avant et surtout par la jeunesse car innovation et tradition sont étroitement liées ! Le concours des Meilleurs Apprentis de France organisé par la Société des MOF en est la preuve. Une société qui s’adresse à ces jeunes c’est une société qui œuvre pour innover et construire.

La gastronomie française a été inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO en 2010. Cette reconnaissance universelle est l’aboutissement de plusieurs siècles de recherche agronomique et culinaire, qui a transformé cette pratique en art aujourd’hui reconnu par tous. Accumuler le savoir et le transmettre repose aussi sur la relation humaine. Comment l’appréhendez-vous ?

La gastronomie française est un héritage en marche. Elle le doit à l’innovation de nos prédécesseurs qui ont su déjà au fil du temps améliorer les techniques et également les outils tout en les transmettant à la jeunesse. Le dynamisme de la France est exemplaire en ce qu’elle a toujours su récompenser ses ouvriers et les mettre en valeurs et c’est ainsi que la gastronomie française est devenue une référence mondiale.

Il est certain que la notoriété de la France et sa gastronomie jouissent également de l’image, du savoir-faire et de l’excellence de ses MOF qui œuvrent à son rayonnement à l’étranger. Il nous paraissait donc opportun de fonder cette année et ce pour la première fois dans l’histoire de la société des MOF, sa représentation à l’étranger.

Nous avons donc choisi l’Amérique du Nord pour ce faire et constituer la Société de MOF Nord-Amérique dont le siège est basé à Montréal et dont j’en suis le Président et porte-parole. Cette entité à l’étranger a pour mission la transmission de nos valeurs et de notre savoir-faire à la jeunesse comme priorité, de rassembler et promouvoir les Meilleurs Ouvriers de France à l’étranger et, enfin, de favoriser et augmenter les échanges professionnels et culturels entre la France et l’Amérique du Nord.

La Société des MOF Nord-Amérique a, par exemple, saisi l’opportunité d’une rencontre de travail entre la première Ministre du Québec, Mme. Pauline Marois, et le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault dans le cadre des visites alternées pour participer au débat sur les échanges avec les jeunes français et québécois de l’office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ).

Saviez-vous que le concours des MOF est ouvert aux candidats étrangers ? Peu de personne les savent ! C’est aussi donc dans le but d’encourager la jeunesse étrangère à s’inscrire à nos concours que nous avons ouvert notre bureau à l’étranger.

A travers les réseaux des Meilleurs Ouvriers de France à l’étranger, mais aussi des Compagnons, la France dispose d’une grande richesse humaine et immatérielle face à la standardisation des goûts et des modes de vie. L’exigence de qualité, que vous incarnez, est un des moteurs principaux de l’économie française et l’assurance du maintien de son image à l’international. Est-ce que cela vous motive dans votre quotidien ?

Être un des Meilleurs ouvrier de France à l’étranger c’est avant tout être un ambassadeur de l’excellence et de l’art de vivre à la française. A travers notre cravate nous sommes les porte-drapeaux de notre savoir-faire et de notre culture.

Vous parlez des Compagnons. Bien souvent le grand public fait l’amalgame entre ces deux entités. L’Union compagnonnique ou les compagnons du devoir est une organisation ouvrière qui a travers son histoire a toujours démontré un grand savoir-faire. Ce sont de grands professionnels ou la qualité d’un chef d’œuvre de compagnon doit être comparable à une pièce d’un MOF. Le compagnon est jugé par ses pairs tandis que le candidat au diplôme de MOF dépend d’un jury nommé par le COET (commission organisation exposition du travail) qui débouche sur un diplôme d’état.

La France dans son engagement à l’étranger rayonne à travers son histoire et son savoir-faire dans bien des domaines. Les nations étrangères fonts appel à nous pour le développement et la formation de leur main d’œuvre. La France joue donc un donc rôle capital et tient une place de leader malgré notre petite taille. Cette place, elle la doit à des hommes et des femmes qui, chaque jour, travaillent dans l’excellence et donnent ce qu’ils ont de mieux pour que notre pays, notre savoir-faire sert d’exemple.

Dernière modification : 13/05/2013

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