CITIM, service d’aide à l’emploi pour les nouveaux arrivants

Yann HAIRAUD, Directeur général de la CITIM (Clef pour l’Intégration au Travail des Immigrants) nous livre son témoignage sur l’activité de l’organisation qu’il dirige et sur les spécificités du marché de l’emploi au Québec.

JPEGLa CITIM œuvre sur le terrain québécois en faveur de l’accompagnement des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Quelles sont les principales missions de l’association et la journée-type du directeur et de son équipe ?

La CITIM est une association de droit local fondée en 1986 dont la mission consiste à accueillir et accompagner les nouveaux arrivants français et plus largement francophones vers le marché de l’emploi au Québec.

Les supports proposés visent à informer, conseiller et outiller le nouvel arrivant pour tout ce qui concerne les codes culturels, la reconnaissance des diplômes, le fonctionnement du marché du travail québécois et la recherche d’emploi dans le contexte nord-américain.

Tous ces supports sont offerts gratuitement puisque l’association reçoit une aide financière à la fois de la France et du Québec.

Une vingtaine de collaborateurs m’entourent quotidiennement à la CITIM. Principalement, ils animent différents séminaires d’information et de formation dans le domaine de l’emploi. Ils rencontrent également les candidats individuellement pour les conseiller et les accompagner de manière personnalisée. Accessoirement, ils tissent aussi des liens avec des entreprises susceptibles d’embaucher des nouveaux arrivants pour faciliter le placement en emploi.

Ces missions ont évolué depuis la création de l’association, de même que le profil des personnes que vous accompagnez, n’est-ce pas ?

Créée pour répondre aux besoins des ressortissants français confrontés à des difficultés d’emploi déjà établis dans la circonscription de Montréal, la mission de la CITIM a évolué pour s’adapter aux besoins d’un public composé quasi exclusivement de primo arrivants à la recherche de leur premier emploi au Québec.

À partir des années quatre-vingt-dix, la CITIM s’est progressivement ouverte aux immigrants provenant d’autres régions du monde comme le Maghreb, l’Europe de l’Est, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique du sud qui représentent les principales autres origines qui composent l’immigration actuelle au Québec.

Depuis le début des années deux mille, la CITIM reçoit de plus en plus de jeunes français de moins de trente-cinq ans qui viennent résider temporairement au Québec en vertu de l’accord sur la mobilité des jeunes conclu avec le Canada. Ce dispositif leur permet de venir effectuer un séjour de découverte culturelle et linguistique de courte durée sous le couvert d’une expérience en milieu de travail.

Pour répondre au besoin de ces différents publics, la CITIM dispose de cinq volets d’activités tous destinés à faciliter l’insertion professionnelle au Québec :

  • Des séminaires sur les démarches d’installation, les codes culturels et le fonctionnement du marché du travail.
  • Un service d’aide à l’emploi destiné à accompagner les nouveaux arrivants dans la recherche d’emploi axé sur les méthodes et les outils.
  • Un volet spécifique pour les jeunes travailleurs temporaires français qui en plus de l’emploi les informe et les conseille aussi pour le renouvellement de leur permis de travail et la demande de résidence permanente.
  • Un volet spécifique pour les diplômés en génie qui doivent faire reconnaitre leur diplôme par un ordre professionnel au Québec.
  • L’« Espace langues » qui propose des cours d’anglais afin de développer l’employabilité des candidats.

Les utilisateurs ont également accès à des offres d’emploi et des espaces équipés pour la recherche d’emploi.

Enfin, la CITIM conseille également les personnes qui veulent venir au Québec pour travailler sur les différentes procédures pour demander une autorisation de travail ou la résidence permanente.

Vous travaillez aujourd’hui pour deux groupes principaux, les résidents permanents et les résidents temporaires autorisés à travailler. Pouvez-vous brièvement décrire le profil de chacun de ces groupes et leurs besoins spécifiques en matière d’approche du marché du travail ?

L’évolution de l’origine des personnes qui font appel à la CITIM dont j’ai parlé précédemment amène effectivement à considérer deux catégories distinctes de nouveaux arrivants avec des caractéristiques et des besoins assez différents.

D’une part on retrouve les résidents permanents. Ils s’inscrivent dans un projet migratoire généralement muri et préparé avant le départ. Sélectionnés par le Québec, ils ont souvent une formation universitaire et possèdent déjà une expérience professionnelle significative acquise dans leur pays. En tant que travailleurs qualifiés, ils sont recrutés par le Québec pour répondre aux besoins des entreprises dans des fonctions souvent précises et pointues.

Paradoxalement, ils éprouvent quand même de la difficulté à intégrer un premier emploi correspondant à leurs compétences compte tenu d’une quasi absence de reconnaissance par les entreprises des diplômes et des expériences étrangères. Il n’est donc pas rare que certains nouveaux arrivants aient à reprendre de la formation et à occuper des emplois déqualifiés dans un premier temps. Parfois, on considère que cela peut prendre une jusqu’à une dizaine d’année avant de pouvoir retrouver un emploi équivalent à celui occupé avant d’arriver au Québec.

D’autre part, il y a les résidents temporaires autorisés à travailler qui s’inscrivent dans une logique migratoire différente de celle des résidents permanents. Il s’agit en effet de jeunes travailleurs souvent fortement scolarisés, mais pas systématiquement, qui en règle générale sont beaucoup moins expérimentés.

Très majoritairement originaire de France, ces PVT (du nom Programme Vacances-Travail qui fait partie de l’accord bilatéral de mobilité avec le Canada) ont obtenu un permis de travail ouvert d’un an et arrivent pour la première fois au Québec sans nécessairement avoir reçu de préparation à la nouvelle réalité qui les attend.

Ils veulent acquérir une première expérience professionnelle à l’internationale et pour certains d’entre eux, le PVT est un prélude à la résidence permanente qu’ils vont essayer d’obtenir dans la foulée. En tant que temporaire, ils ne peuvent toutefois pas bénéficier des dispositifs d’aide accessibles aux canadiens et résidents permanents.

Leurs droits sociaux sont très limités et ils doivent jongler avec les procédures parfois complexes pour renouveler leur autorisation temporaire de travail au risque de perdre leur emploi. Ils sont donc en situation de plus grande précarité.

Ceci dit, le programme Vacances-Travail représente une opportunité intéressante pour venir explorer le marché du travail au Canada et au Québec outre l’avantage qu’il s’obtient assez facilement. Il faut simplement être conscient qu’il comporte certaines limites.

Concernant nos compatriotes, pouvez-vous nous donner une idée du flux de migration vers le Québec et de la tendance au cours des 10 dernières années ?

L’immigration française au Québec n’est pas récente. Différentes vagues se sont succédées au fil du temps.

Depuis les dix dernières années, elle se compose de résidents permanents, de travailleurs temporaires (principalement des PVT mais aussi des travailleurs recrutés directement par les entreprises en France) et d’étudiants qui viennent soit compléter leur formation dans le cadre des accords d’échange soit graduer, principalement dans les universités.

Annuellement, on considéré que près de 25 000 français choisissent le Québec. 5 à 6 milles pour étudier, 3 à 4 milles pour immigrer et environ 14 000 pour y travailler temporairement. La majorité des Français finissent par retourner en France. On parle donc d’une immigration essentiellement circulaire.

Toutefois certains d’entre eux deviendront des résidents permanents par la suite. C’est le cas notamment des PVT qui viennent d’abord essayer le Québec avant de s’engager dans la procédure pour demander la résidence permanente qui est longue et assez compliquée en plus de couter relativement cher (Plus de 2 000 $ en frais administratifs).

Sur un plan général quels sont les avantages du professionnel français qui aborde le marché du travail local ? Quelles sont les limites ?

Les Français qui viennent au Québec sont relativement jeunes et souvent bien diplômés. En outre, ils ne sont pas confrontés à la barrière de la langue et, même s’il existe des différences culturelles parfois notables, les français ont culturellement de nombreux points en commun avec les québécois.

De ce fait, le nouvel arrivant français réussit généralement assez facilement à s’adapter à son nouvel environnement professionnel. Le taux de chômage chez les Français au Québec est d’ailleurs inférieur à celui des natifs dans bon nombre de secteurs d’activité.

Ceci étant dit, il faut nuancer les choses. En effet les diplômes ne sont pas forcément reconnus à part entière (voire pas du tout parfois).

Beaucoup de professions et de métiers sont très règlementés par des ordres ou des associations professionnelles qui en déterminent l’accès. Il n’est donc pas toujours facile de pouvoir exercer directement sa profession quand on arrive. Certes, un accord a été conclu entre la France et le Québec pour faciliter la reconnaissance des qualifications professionnelles, mais il ne règle pas toutes les situations.

Même si le français est parlé majoritairement au Québec, beaucoup d’employeurs demandent la maitrise de l’anglais dans un grand nombre d’emplois en particulier dans la grande région de Montréal. Il faut comprendre que la proximité des États-Unis et des autres provinces canadiennes très majoritairement anglophones nécessite de devoir régulièrement communiquer dans la langue de Shakespeare qui soit dit en passant possèdent des sonorités et un vocabulaire typiquement nord-américain.

Bien que les Québécois s’expriment très majoritairement en français, leurs attitudes, modes de communication et comportements en milieu professionnel différent des nôtres. Le travail en équipe, des rapports hiérarchiques plus horizontaux et une recherche omniprésente du consensus sont autant de dimensions avec lesquelles il faut savoir composer quand on arrive au Québec.

Enfin, les entreprises hésitent souvent à engager les personnes qui viennent d’arriver. Elles ont souvent de la difficulté à évaluer précisément les compétences en raison des diplômes étrangers. Elles se demandent si la personne va pouvoir s’intégrer facilement dans les équipes de travail en place.

Cette crainte est renforcée par le caractère temporaire du permis de travail pour les jeunes travailleurs temporaires. Ainsi, bon nombre de PVT se voit refuser des emplois permanents du fait qu’ils possèdent un permis temporaire sans aucune garantie de renouvellement (même si elle existe par ailleurs). De fait, ils doivent souvent se rabattre sur des emplois alimentaires offrants des conditions de rémunérations médiocres.

En conclusion, il est clair que l’accès à un premier emploi au Québec peut relever du défi pour les français qui arrivent. Il faut s’y préparer en conséquence et accepter parfois de devoir recommencer à un niveau de qualification moindre le temps de démontrer qu’on possède les savoir-faire requis. En effet, une autre différence entre le Québec est la France réside dans le fait qu’ici, le recrutement repose avant tout sur une logique de compétences et non de diplômes ce qui peut être déstabilisant pour nos compatriotes.

Yann HAIRAUD

Directeur général

CITIM - Clef pour l’intégration au travail des immigrants

Notes biographiques  : Diplômé de 3ème cycle universitaire en sciences sociales et au Québec depuis 1991, Yann HAIRAUD œuvre dans l’insertion professionnelle depuis 1992 au sein de La CITIM d’abord en tant que conseiller en emploi, puis comme gestionnaire de l’association.

Site web de la CITIM

Dernière modification : 03/04/2014

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